Mythomanie?Est-ce possible de vivre avec une personne qui ment?


Définition:

La mythomanie est une tendance plus ou moins volontaire et consciente à mentir et à créer des récits imaginaires.Alors que le mensonge normal est épisodique, motivé et proportionnel à son but, le mensonge pathologique est à la base de la fiction fantasmatique du récit du mythomane. La constitution mythomaniaque avec fixation à un stade infantile est propice à la fabulation délirante.

La mythomanie n’est pas seulement l’action de fabuler ni celle de mentir. C’est un déséquilibre entraînant l’élaboration de récits événementiels et d’actes qui n’ont pas eu lieu mais que le malade fait croire à autrui. Il dit en avoir été le témoin ou l’auteur et s’y décrit souvent dans une position avantageuse ou au bénéfice secondaire important.

FREUD l’aborde par le biais de l’hystérie, car il y voit la présence d’un clivage du MOI expliquant la croyance particulière et le dédoublement de personnalité. C’est une pathologie du Narcissisme, c’est-à-dire l’amour de Soi.

La vie d’un mythomane n’a rien de facile! Pour rester dans son monde fantasmatique qui le protège de la dureté du réel, il doit briser en permanence les liens noués à la faveur de son errance mentale et géographique: partir, toujours partir…..En effet, le pire pour un mythomane est d’être placé face à son mensonge et de perdre ainsi sa raison d’être. C’est pourquoi, lorsqu’il est découvert, le mythomane embraye immédiatement sur une nouvelle affabulation. Mais une part de son psychisme est entamé, et c’est l’angoisse, de terribles crises d’angoisse….

Si le mythomane ne supporte pas la réalité telle qu’elle est, c’est d’abord qu’il ne se supporte pas lui- même tel qu’il est . Nous sommes là face à une pathologie du Narcissisme, qui s’est tout d’abord développée classiquement, car l’enfant ment entre 3 et 4 ans pour s’essayer au mensonge car il maîtrise le langage et il constate que les adultes ne savent pas tout, on peut les tromper , ou pour éviter une punition. C’est ainsi que naît le mensonge dont nous ferons tous plus ou moins bon usage. Mais le mythomane, lui, par une sorte de décision inconsciente et pour éviter les frustrations s’enferme dans un univers factice, car pour lui, réel et fiction sont équivalents. Son existence, c’est une partie de poker, dont il ne connaît pas les règles. Il abat ses cartes, ses affabulations, et si personne ne s’est récrié, c’est peut-être la bonne!

Il y a une jouissance particulière dans la mythomanie: se faire croire à soi-même que tous les désirs sont possible!

Les mythomanes se recrutent dans tous les milieux, ont eu des parents manipulateurs ou très crédules, et ont souffert très tôt d’un manque de soutien psychologique car leurs parents étaient absents ou trop occupés. D’où une précoce et intense solitude intérieure, qui les poursuit et que leur vie imaginaire s’efforce de combler. Mais l’attitude parentale n’est pas seule en cause. Bien qu’aimé, le jeune mythomane a été insatisfait de son sort, il aurait voulu plus d’amour et des parents prestigieux….

S’il est amené à suivre une psychothérapie par son entourage inquiet, fragilisé et lassé par ses frasques, ses errances, il n’est pas sûr que ce travail d’accompagnement soit bénéfique. Il sera sans doute demandeur dans ses grands moments d’angoisse, quand sa machine se grippe, mais dès que l’angoisse va s’apaiser il va repartir…. Son inconscient préfère l’excitante jouissance du mensonge au plaisir tranquille de la réalité »ordinaire ».De plus, une thérapie est une rencontre avec la vérité, perspective plutôt ininteressante pour un être qui fuit le Vrai! Le mensonge le met en difficulté, d’où l’apparition de crises d’angoisse, de solitude, avec l’éventualité de prises de médicaments qui vont laisser la place au mutisme sans être une authentique guérison.

Le suivre dans ses mensonges pour ne pas le heurter ne l’aide pas, cela l’enferme encore davantage dans son monde imaginaire.

Le dénoncer pour le forcer à accepter la réalité est inefficace, car il a trop besoin de fuir, c’est une question de survie.L’aveu est souvent accompagné de réactions négatives et crée un environnement délétère autour du mythomane qui s’auto-entretient!

Il est évident que cette tendance au mensonge altère durablement la vie affective et sociale de cet individu qui craint la solitude et la dévalorisation qu’il provoque  cruellement lors de l’aveu.

Démuni devant cette pathologie, il appartient à chacun d’inventer l’attitude adéquate….Cette organisation névrotique de la personnalité est qualifiée d’hystérique.

Le mythomane peut vivre partiellement ses scénarios mais conserve un ancrage dans la réalité, car il vit un délire construit, avec une logique interne qui n’obéit qu’à elle-même.Il oriente ses gestes et ses projets dans une seule direction, le thème de ses délires.Il vit dans un sentiment d’infériorité et de régression, car la fin du mensonge signifie le retour à la réalité et ce n’est pas évident pour lui car réel et fiction sont chez lui équivalents. Faire croire à soi-même que tous ses désirs sont possibles, renvoie à un des stades de développement de l’enfant, mais si ce comportement se prolonge jusqu’à l’adolescence , si le besoin de mentir se poursuit, il risque alors de se transformer en pulsion pathologique .

J’appuie mes propos sur certaines configurations cliniques que j’ai pu rencontrées et qui m’ont amené à réfléchir sur l’articulation entre déni/dénégation/ désaveu d’une part, et entre mensonge/vérité/affabulation d’autre part. Par les situations psychothérapiques que je rencontre dans l’exercice de ma profession, j’ai constaté un lien entre certaines attitudes parentales marquées par le déni, voire le double-lien,et le mensonge et l’affabulation chez l’enfant.

L’enfant parfois a recours à des stratégies de survie face à des situations pathogènes, et il est important de ne pas considéré le mensonge systématiquement comme un symptôme car il y a des degrés dans l’acte de mentir.Le mensonge est petit, grand, passager, persistant. Il obéit classiquement au principe de plaisir afin d’éviter le déplaisir.Mais l’enfant peut aussi mentir pour réagir contre l’intrusion des parents trop rigides qui veulent tout contrôler .Il peut être un pouvoir magique pour maintenir l’omnipotence infantile dans des situations ou celle-çi est menaçée.
Il est fréquent que les parents mentent à l’enfant et qu’ils lui demandent d’adhérer à ces mensonges. Dans ce cas, le mensonge de l’enfant est une co-création où la part de l’environnement est importante pour qu’un secret ne soit pas divulgué. Puis il y a des situations plus pathogènes où la dynamique familiale repose sur un déni, ou une construction délirante. L’enfant ne peut dénoncer; il n’a pas le droit et surtout le lien affectif qui le lie, l’empêche de remettre en cause l’image de l’adulte au risque d’une perte d’amour, d’une rupture insupportable. L’enfant est alors possédé par la parole de l’adulte, son âme est esclave d’où le clivage esclave-bourreau sur lequel il va construire son identité et devenir mythomane.

Le mensonge ou l’affabulation comporte toujours une part de vérité ( la vérité sort de la bouche des enfants) quand l’enfant n’est pas pris au piège du double-lien et qu’il peut dénoncer des contrevérités de l’adulte qui veut lui faire dire ce qu’il ne veut pas.

La vérité joue un rôle déterminant pour la croissance de la psyché , aussi déterminant que la nourriture pour la croissance de l’organisme. Une privation de vérité entraîne une détérioration de la personnalité (BION), sans vérité l’appareil psychique ne se développe pas, il meurt . Le besoin de vérité fait partie des besoins fondamentaux chez l’enfant, vérité méconnue par l’adulte qui par désaveu refuse de l’énoncer parfois, et dit que c’est l’enfant qui ment ou fabule . Le statut psychique du mensonge n’est pas le même chez le parent et chez l’enfant. Chez l’adulte il s’agit de mécanismes de déni, chez l’enfant il s’agit de fiction , mélange entre réalité événementielle et réalité psychique, qui forme le roman familial .(Aragon » Le mentir-vrai » , auteur qui a grandi dans le simulacre et les doubles jeux)

L’enfant qui ment cherche la personne à laquelle il peut dire ou demander une vérité.Ainsi plutôt que de voir dans le mensonge l’expression d’une pathologie, on peut penser que le mensonge est l’expression d’une vérité ou plus précisément une manière de faire advenir la vérité.

 

 

Catégories : Enfants et parents, Non classé, trouble du comportement

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