éclairage psychanalytique de l’enfant confronté au divorce parental


Depuis une cinquante d’années et le développement de la contraception, l’univers de la parentalité se modifie profondément. d’autres  modes de vie à deux , autres que le mariage sont tentés: unions libres, monoparentalité, la divortialité progresse, les familles composées se multiplient, l’homoparentalité apparaît et les nouvelles technologies de reproduction conduisent à dissocier sexualité et parentalité.

Je voudrai insister dans cet article sur la place de l’enfant qui occupe le rôle central dans la relation à ses parents, car il est un être bien réel, mais aussi un lien idéal d’identification et de projection de l’imaginaire parental. Il est pris dans une filiation désirante et devient dépositaire de l’imaginaire transgénérationnel des deux lignées et de la psyché commune du couple parental.

Déjà présent dans le désir de ses parents dès la première rencontre amoureuse, l’enfant participe fortement à l’alliance mais contribue aussi à sa détérioration et déconstruction. L’enfant est l’expression de cette rencontre singulière , point d’articulation de l’objet-groupe formé par ses parents; il est un médiateur entre eux, et va permettre en cas de conflit conjugal l’évolution , la négociation et l’avancée du processus d’individuation-séparation du couple parental. Il est donc nécessaire que les parents passent par le deuil de LEUR enfant imaginaire, s’ils souhaitent que leur enfant accède à la réalisation de ses désirs propres d’enfant désirant, pensant, et créant. Les parents divorcés seront confrontés encore davantage que les autres parents à cet enfant imaginaire défini comme ce qui fait retour sur l’enfant réel du Moi idéal archaique et des deuils non faits sur les personnes de sa filiation.

Dans ces nouvelles configurations, l’enfant peut subir les effets de séparations dramatiques pour les parents sur le plan individuel,. L’exercie de la coparentalité les conduit à garder chacun des liens affectifs avec leur enfant alors que le couple est en épreuve douloureuse, car il est au coeur de la dynamique parentale. Il est le lien d’expression de conflits, le facteur de liaison/ déliaison du couple. il contraint ses parents à dépasser leurs haines et leurs conflits afin de leur permettre de reprendre une communication entre eux.

Ce n’est jamais simple pour l’enfant quelle que soit l’attention que son entourage leut porte. Car, en général, les enfants désirent garder leurs deux parents. Du fait de l’importance affective qu’il a pour chacun de ses parents, de la trace qu’ils perpétuent  de leur couple, et de la nécessité pour eux de déplacer les positions conflictuelles, il aide le père et la mère à exercer en commun pour le futur leur autorité parentale.

Les enfants issus de couple qui se disputent ouvertement s’en sortent mieux psychiquement que ceux dont les couples reflètent peu de conflits, car les premiers vivent le divorce comme une délivrance et la fin d’une souffrance. la séparation a des effets plus positifs que le maintien du lien parental. Par contre, les enfants dont les parents ont peu exprimé de conflits, vient le divorce de leur parent comme un drame personnel et sont confrontés à des difficultés ultérieurement dans leur capacité à former des réations intimes de qualité.

Les plus menacés sont les enfants qui nient toute souffrance et inquiétude à propos du divorce parental et recouvrent anxiété et culpabilité par des dénégations , rationalisations et autres troubles.

Il est conseille de se faire accompagner dans une démarche psychothérapeutique individuelle, conjugale ou familiale ou une médiation familiale afin de permettre aux conflits de s’exprimer et afin de rétablir la communication.Ils éviteront ainsi que le non -représentable se dépose sur leur enfant, réduira sa souffrance en termes d’anxiété et de dépression.

Car c’est une épreuve cruelle et traumatisante que la séparation et le divorce des parents , épreuve dont les effets pathogènes sont fonction de l’âge, de ses besoins, de son stade de développement psychoaffectif, de la nature et du mode d’expression du conflit conjugal et des circonstances socio-économiques/ l’enfant a beaucoup à perdre dans cette situation ( sentiment de sécurité, images tendres des parents, réunion parentale autour de lui,identifications et désirs de ses parents, filiation,…)

Il peut éprouver alors:

du chagrin, un sentiment d’abandon, une perte d’estime de soi, de l’angoisse, un sentiment de honte, de la culpabilité, de la nostalgie ded la vie passée, un espoir que ses parents se réconcilient et revivent ensemble, même si au fond il sait que c’est impossible.

il peut manifester des comportements divers:

des troubles de l’humeur, des réactions dépressives, hypomaniaques, des difficultés scolaires, des troubles du sommeil, des manifestations psychosomatiques,….Ces réactions sont liées à son âge, à son stade de développement, et à ses besoins.

Pour le nourrisson, l’impact est difficile à représenter , car la relation mère/enfant se trouve renforcée , ce qui peut entraver la relation affective entre le bébé et son père. Très sensible à l’état psychique de ses parents, à l’indisponibilité parfois, au trouble qu’il comprendra difficilement sans pouvoir donner de sens, il réagira par de l’agitation, de l’agressivité. L’acquisition de la parole l’aidera à exprimer sa souffrance et facilitera le soutien que les adultes se doivent de lui apporter.*

Pour l’enfant de 2 à 3 ans, la séparation peut perturber l’acquisition du langage et le développement psychomoteur.Des colères et une régression  de la maîtrise corporelle récemment acquise. L’enfant présente un syndrome de séparation précoce avec un objet d’amour alors qu’il n’est pas séparé de sa mère, qui peut en effet, reporter inconsciemment sur le lien d’attachement avec son enfant, sa rancune et son ressentiment, ce qui suscitera chez l’enfant un sentiment d’abandon et de menace sans oublier la culpabilité inhérente à l’égocentrisme de son jeune âge qui le fait ramener à lui , le noeud du conflit conjugal.

L’enfant d’âge préscolaire peut ressentir de la confusion , de l’anxiété et de la peur. il manifeste des signes de régression et ressent de l’agressivité et de la culpabilité.

De 5 à 7 ans les réactions se caractérisent par de la tristesse, de l’amertume , du chagrin et il vit un ressentiment de rejet et de peur.

De 9 à 12 ans l’enfant vit un profond sentiment de perte et de solitude et peut à ce stade développer des phobies ou somatiser. Perte de confiance en soi, perte d’estime de soi, échec ou désinvestissement scolaires.

A l’adolescence il se sent accablé par la responsabilisation supplémentaire qu’entraîne le divorce parental. IL craint l’insécurité financière, il devient sensible au comportement sexuel de ses aprents et se montre angoissé vis-à-vis des ses éventuelles relations amoureuses.

Il incombe 6 tâches psychologiques qui incombent aux enfants au moment du divorce:

-reconnaître la réalité de la rupture

-accepter les différentes pertes

-se désengager du conflit et reprendre ses activités

-résoudre la colère et le blâme contre soi-même et contre les autres

-accepter la permanence du désordre

-avoir des espoirs réalistes concernant leurs capacités futures à établir des relations affectives avec les Autres

Tous ces symptômes et réactions des enfants peuvent avoir une fonction positivei qui va leur permettre de décrypter une situation dont ils sont l’objet. Les symptômes se construisent à partir des impasses, fragilités, douleurs parentales. Leurs manières d’être , de penser, d’agir donnent à l’enfant  des indications sur leurs positions oedipiennes. L’enfant par  les réactions symptomatiques cherche le chemin de la triangulation à partir des données de son histoire personnelle et transgénérationnelle. Parfois le retentissement de la séparation a des effets importants et durables sur l’enfant ou l’adolescent qui vit dans un certain déni de la réalité de la rupture. La prise de conscience de l’irréversibilité liée à la maturation de l’enfant, à l’évolution de la situation conjugale des parents peut engendrer un choc émotionnel ayant des répercussions psychologiques: le conflit de loyauté et la parentification.

La loyauté est un attachement préférentiel à l’égard d’une personne à laquelle on réserve une priorité d’égards. Le conflit de loyauté s’applique à une configuration relationnelle triangulaire, enfant pris entre le désir de ses parents , contraint de choisir l’amour de l’un au détriment de l’autre (loyauté clivée) en particulier lorsque la méfiance et le mépris sont mutuels: méfiance envers l’autre parent, fuite , ambivalence, indifférence,….comportements lors des actes de la vie quotidienne, somatisations, identification parti-pris pour la « victime de la séparation »

La parentification : cette relation asymétrique entre le parent peut amener un enfant ou un adolescent à prendre des responsabilités qui le conduisent à devenir un parent pour ses parents. C’est donc un processus qui implique toujours plusieurs générations mais qui n’est jamais pathologiques en soi. Par contre, si cette parentification se poursuit sur une longue durée et n’est pas reconnue, elle peut devenir un véritable fardeau pour l’enfant qui  n’a plus le temps de s’occuper de lui et de recevoir . Les parents peuvent souvent prendre leur enfant « en otage » pour répondre à leurs besoins narcissiques de rester impliquées dans une relation conjugale malsaine. Ce qui est dans l’intérêt des adultes ne l’est pas necessairement pour l’enfant.

Conclusion

Un enfant a le droit d avoir accès à ses deux parents. il a le droit de ne pas perdre la moitié de sa filiation et de son identité. Il a le droit de ne pas être obligé de hair ou de perdre l’un de ses deux parents. L’adoption de l’enfant à la séparation de ses parents évolue avec le temps.

Au cours de la première année, les réactions de l’enfant dépendant étroitement de la persistance ou non des conflits entre les parents et du rythme des contacts avec chacun d’eux. Après quelques années la situation familiale s’est en général stabilisée et la permanence de la séparation finalement acceptée. La relation avec la mère reste forte , la relation avec le père variable dépend du rythme et de la qualité des rencontres. Si celles-çi sont trop irrégulières voire absentes, l’enfant peut ressentir de la colère, de l’amertume, ou un intense sentiment d’abandon, source de conflit psychique car les relations avec le père ont une incidence sur l’image de soi et sur sa capacité à réussir son insertion sociale et professionnelle. Le psychologue peut accompagner un couple lors d’un divorce ou d’une séparation afin d’aider l’enfant ou la fratrie dans cette crise lourde de conséquences pour chaque membre de la famille.

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